La fiscalité freelance est un sujet qui fait peur à beaucoup de consultants indépendants. Entre l'impôt sur le revenu, la TVA, les charges sociales, la CFE et les multiples déclarations, il est facile de s'y perdre, ou pire, de payer trop. Ce guide démystifie la fiscalité du freelance en 2026, statut par statut, avec des conseils concrets d'optimisation.
Panorama fiscal du freelance en 2026
En tant que freelance, vous êtes concerné par plusieurs types de prélèvements :
- L'impôt sur le revenu (IR) : taxe calculée sur votre revenu net imposable, selon le barème progressif
- Les charges sociales : cotisations qui financent votre protection sociale (maladie, retraite, etc.)
- La TVA : taxe collectée pour le compte de l'État sur vos factures
- La CFE : Cotisation Foncière des Entreprises, taxe locale
- L'IS : Impôt sur les Sociétés (SASU uniquement)
La bonne nouvelle : en choisissant le bon statut et en appliquant les bonnes pratiques, vous pouvez optimiser légalement votre fiscalité et garder le maximum de votre chiffre d'affaires.
Impôt sur le revenu : calcul et déclaration
Le barème progressif 2026
L'impôt sur le revenu est calculé par tranches. Plus vous gagnez, plus le taux marginal augmente, mais seule la portion de revenu dans chaque tranche est taxée à ce taux.
| Tranche | Taux |
|---|---|
| 0 à 11 294 € | 0 % |
| 11 295 € à 28 797 € | 11 % |
| 28 798 € à 82 341 € | 30 % |
| 82 342 € à 177 106 € | 41 % |
| Au-delà de 177 106 € | 45 % |
Comment le revenu imposable est calculé selon votre statut
Micro-entreprise : votre revenu imposable = CA × (1 - abattement). L'abattement est de 34 % pour les prestations de services BNC, ce qui signifie que vous êtes imposé sur 66 % de votre CA. Pas de possibilité de déduire les frais réels.
Portage salarial : vous êtes imposé comme un salarié. Votre revenu imposable = salaire net fiscal (après déduction de la CSG déductible). Vous pouvez opter pour la déduction des frais réels au lieu de l'abattement forfaitaire de 10 %.
SASU : le salaire du président est imposé à l'IR comme un salarié. Les dividendes sont soumis à la flat tax (30 %) ou, sur option, au barème progressif + prélèvements sociaux (17,2 %).
Le versement libératoire (micro-entreprise)
Option réservée aux micro-entrepreneurs dont le revenu fiscal de référence (N-2) est inférieur à un certain seuil. Vous payez l'IR en même temps que vos cotisations, à un taux fixe :
- Prestations de services BIC : 1,7 % du CA
- Prestations de services BNC : 2,2 % du CA
Avantageux si votre tranche marginale d'imposition dépasse 11 %. Pénalisant si vous êtes non imposable ou faiblement imposable.
TVA : franchise, seuils et déclaration
La franchise en base de TVA
En micro-entreprise, vous bénéficiez de la franchise de TVA tant que votre CA ne dépasse pas 36 800 € (prestations de services). En dessous, vous ne facturez pas de TVA à vos clients, mais vous ne la récupérez pas non plus sur vos achats.
La mention obligatoire sur vos factures : "TVA non applicable, art. 293 B du CGI".
Au-delà du seuil
Dès que vous dépassez 36 800 € de CA (ou 39 100 € de seuil de tolérance), vous devez facturer la TVA à 20 %. Vous collectez la TVA pour l'État et la reversez mensuellement ou trimestriellement, après déduction de la TVA sur vos achats professionnels.
TVA en portage salarial et SASU
En portage salarial, la TVA est gérée intégralement par la société de portage. Vous n'avez aucune déclaration à faire. En SASU, vous facturez la TVA et la déclarez (mensuellement ou trimestriellement). La gestion de la TVA en SASU nécessite une comptabilité rigoureuse, c'est l'une des raisons pour lesquelles un expert-comptable est quasi indispensable.
Charges sociales : ce que vous payez et pourquoi
Les charges sociales ne sont pas un "impôt" : elles financent votre protection sociale. Plus elles sont élevées, meilleure est votre couverture. Le problème, c'est que leur niveau varie énormément selon votre statut.
Micro-entreprise : 21,2 % à 25,6 % du CA
C'est le taux le plus bas, mais il offre la couverture la plus faible. Pas de chômage, retraite au régime des indépendants (pensions plus faibles), pas de prévoyance incluse. Si vous tombiez malade pendant 3 mois, vos indemnités journalières seraient dérisoires.
Portage salarial : environ 45 % du CA
Taux plus élevé, mais couverture complète : chômage, retraite régime général + AGIRC-ARRCO, mutuelle collective, prévoyance (arrêt maladie, invalidité, décès), congés payés. C'est l'équivalent exact de la protection d'un salarié en CDI.
SASU : 75-80 % du salaire brut
Le taux est le plus élevé sur la partie salaire, ce qui pousse beaucoup de présidents de SASU à minimiser leur salaire et à maximiser les dividendes. Mais les dividendes ne génèrent aucun droit social (pas de retraite, pas de chômage).
CFE et autres taxes locales
La CFE (Cotisation Foncière des Entreprises) est une taxe locale due par tous les professionnels, y compris les micro-entrepreneurs. Son montant varie selon la commune et la surface occupée. En moyenne, comptez entre 50 € et 500 € par an.
Exonération la première année d'activité. En micro-entreprise, vous la payez directement. En portage salarial, elle est prise en charge par la société de portage, c'est un avantage souvent méconnu.
Frais déductibles : la liste complète
La déduction des frais professionnels est un levier puissant d'optimisation, disponible en portage salarial et en SASU, mais pas en micro-entreprise.
Frais 100 % déductibles
- Matériel informatique et bureautique
- Abonnements logiciels professionnels (suite Adobe, Slack, GitHub, etc.)
- Téléphone et forfait professionnel
- Déplacements professionnels (train, avion, location véhicule)
- Indemnités kilométriques (barème fiscal)
- Hébergement en déplacement
- Repas professionnels (avec justificatifs)
- Formations et certifications professionnelles
- Cotisations à des organismes professionnels
- Assurances professionnelles (RC Pro, etc.)
- Frais de coworking
- Documentation professionnelle (livres, abonnements presse spécialisée)
Frais partiellement déductibles
- Bureau à domicile (quote-part du loyer et des charges)
- Internet (part professionnelle)
- Véhicule personnel utilisé à des fins professionnelles (indemnités km)
En portage salarial, ces frais sont déclarés à la société de portage qui les déduit avant le calcul des charges. Chez My Baseo, vous soumettez vos justificatifs via votre espace personnel et la déduction est automatique.
Optimisation fiscale par statut
Micro-entreprise : optimisations limitées
- Versement libératoire si votre tranche marginale est supérieure à 11 %
- ACRE si vous êtes éligible (réduction de 50 % des cotisations la première année)
- Ajustement du rythme de facturation pour rester sous les seuils
Portage salarial : les leviers les plus puissants
- Frais professionnels réels : chaque euro déduit réduit vos charges sociales ET votre impôt
- Titres-restaurant : exonérés de charges jusqu'à 7,18 € par jour (part employeur)
- Épargne salariale : PEE, PERCO avec abondement, exonérés de charges dans les limites légales
- Chèques CESU : pour les services à la personne, exonérés de charges
- Indemnités kilométriques : au barème fiscal, exonérées de charges et d'impôt
SASU : la stratégie salaire/dividendes
- Fixer un salaire minimal pour valider les trimestres retraite
- Distribuer le bénéfice en dividendes (flat tax 30 %)
- Déduire toutes les charges de l'entreprise avant IS
- Attention : la requalification URSSAF est un risque réel si le salaire est trop faible
Les erreurs fiscales les plus courantes
1. Ne pas provisionner ses impôts
En micro-entreprise (sans versement libératoire), l'impôt est payé l'année suivante. Si vous n'avez pas mis de côté, le choc peut être brutal. Règle : provisionnez 25-30 % de votre CA chaque mois pour les charges et impôts.
2. Oublier la CFE
Beaucoup de micro-entrepreneurs découvrent la CFE avec surprise en novembre. Elle est due chaque année et n'est pas incluse dans les cotisations sociales.
3. Dépasser les seuils sans anticiper
Dépasser le seuil de franchise de TVA ou le plafond micro-entreprise sans l'avoir anticipé crée un casse-tête administratif et fiscal. Surveillez votre CA chaque mois.
4. Ne pas conserver ses justificatifs
En cas de contrôle fiscal, vous devez pouvoir justifier chaque déduction. Conservez tous vos reçus, factures et relevés pendant au moins 6 ans.
5. Mélanger comptes pro et perso
En micro-entreprise (CA > 10 000 €), un compte bancaire dédié est obligatoire. En SASU, c'est impératif dès la création. En portage salarial, ce n'est pas nécessaire (la société de portage gère la trésorerie).
FAQ : fiscalité freelance
Dois-je payer des impôts dès le premier euro ?
Non. En micro-entreprise (sans versement libératoire), la première tranche est à 0 %. Vous ne payez l'IR qu'à partir de 11 295 € de revenu imposable annuel. En portage salarial, le prélèvement à la source s'applique directement sur votre bulletin de paie.
Quand faut-il passer à un statut avec TVA ?
Dès que vous dépassez 36 800 € de CA annuel (prestations de services). Ou volontairement si vous avez beaucoup d'achats professionnels (pour récupérer la TVA). En portage salarial, la question ne se pose pas, la société de portage gère la TVA.
Le portage salarial est-il fiscalement avantageux ?
Oui, pour les freelances qui ont des frais professionnels significatifs (500 €+/mois) et qui valorisent la protection sociale. La déduction des frais réels + les dispositifs d'épargne salariale créent une optimisation fiscale impossible en micro-entreprise.
Comment déclarer mes revenus freelance ?
En micro-entreprise : déclaration mensuelle ou trimestrielle à l'URSSAF + déclaration annuelle de revenus (formulaire 2042-C-PRO). En portage salarial : votre revenu apparaît comme un salaire sur la déclaration préremplie, rien à faire. En SASU : déclaration IS + déclaration de revenus du dirigeant.
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